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« L’addiction » au porno : fait réel ou moraliste ?

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En juillet dernier, le conservateur David Cameron a annoncé un plan pour lutter contre la pornographie sur Internet. Il voulait notamment limiter l’accès, en Grande-Bretagne, à certains sites. L’étude de la neuropsychiatre de l’université de Cambridge Valérie Voon sur les effets de la pornographie sur le cerveau des humains le confortera sans doute dans ses idées.

Psychiatre et éditorialiste au Guardian, Norman Doidge résume les conclusions de ce travail :

« Les hommes qui se décrivent comme accros au porno développent des modifications dans la même zone du cerveau – le système de récompense – que les hommes accros aux drogues. »

Dans le Sunday Times, Valérie Voon précise :

« Quand les alcooliques voient une publicité pour une boisson, leur cerveau s’éclaire d’une certaine façon et ils vont être stimulés d’une certaine manière. Nous observons ce même type d’activité chez les utilisateurs de pornographie. »

Dans le cerveau, le système de la récompense (le lieu de sécrétion de la dopamine, une des hormones du plaisir), comme chez tous les « addicts », est modifié. Conséquence : la personne qui est accroc a une envie irrésistible de regarder du porno alors qu’il n’aime pas forcément ça. Mais surtout, explique Norman Doidge :

« Un système de sécrétion de dopamine “endommagé” rend plus tolérant à cette activité et demande plus de stimulation pour avoir la décharge et faire taire l’envie irrésistible. »

La pornographie, explique-t-il, modifierait les attentes de ces individus. Ils chercheraient des images toujours plus fortes, toujours plus violentes pour arriver à leurs fins. Toujours selon sa lecture du travail de Valérie Noon, le retour à une vie sexuelle plus « soft », dans la vie réelle ne serait plus possible. Il conclut : le porno sur Internet, non seulement remplace mais supplante la vie sexuelle réelle des accros.

Pour le sociologue Florian Voros, auteur de l’article « L’invention de l’addiction à la pornographie » (2009), le terme même d’« addiction à la pornographie » pose problème. Comment définir les personnes qui sont accros à la pornographie ? Où est la limite entre les accros et ceux qui ne le sont pas ? Pour lui, il y a une différence entre l’addiction aux drogues et à celle prétendue à la pornographie. Contrairement à la drogue, la pornographie implique un contexte propice. Regarder un film porno dans une chambre d’hôpital n’aura pas le même effet que de le regarder seul chez soi. La complexité de la sexualité dépasse assurément ce qu’on peut lire sur une IRM. A la neuropsychiatre, le sociologue Florian Voros répond :

« Le diagnostic de l’addiction à la pornographie, qu’il soit le fait d’une personne ordinaire (conjoint, parent, militant antipornographie) ou d’une personne qualifiée (thérapeute, clinicien) est toujours lié à un jugement moral négatif porté sur la pratique. »

Les premières paires de lunettes ont été reçues !

Joyce – Photos du tournage